Edito 06.2006 :

 

Nomadisme et enracinement :

 Les nouveaux enjeux économiques,

commerciaux et financiers.

 

 

1- La mondialisation

Le monde change. On dit. « C’est le progrès, c’est la mondialisation ». Alors, pourquoi tout cela ? C’est ce que je vais d’abord tenter d’expliquer avant que de proposer l’esquisse d’une autre solution, d’une autre économie.

 

1.1 - La mondialisation, tout d’abord, qu’est-ce que c’est ?

Dans sa définition courante, la mondialisation désigne l’ensemble des mouvements de développement, de décloisonnement des marchés,  et de multiplication des sociétés transnationales.

Selon le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise récemment paru [1], “c’est le processus d’intégration croissante des économies nationales, sur le plan du commerce des biens et des services et des transactions financières, dans lequel toujours plus d’opérateurs adoptent une perspective globale pour les choix qu’ils doivent opérer en fonction des opérations de croissance et de profit.”

On sait que la mondialisation promet d’apporter un développement aux régions du monde peu avancées (d’Afrique, d’Asie) par une meilleure allocation des ressources ou une meilleure mobilité des capitaux, ce qui est loin de se vérifier. Mais on  impose en même temps une sous culture, des valeurs, essentiellement marchandes, une langue, sorte d’américain usuel mal digéré, qui tendent à détruire toute les cultures indigènes, dont celles de la Vieille Europe.

Je vous offre aussi une autre définition relevée ce mercredi 1er mars 2006 (Cendres)  dans un article de notre grand linguiste Claude Hagège [2]. Je cite : « Méditons les grands…Américains dont le regard n’est pas obscurci par les illusions : James K. Galbraith, l’illustre économiste, écrit : La mondialisation n’est pas un concept sérieux. Nous l’avons inventé pour faire accepter notre volonté d’exploiter les pays placés dans notre zone d’influence ». Feignons de ne pas croire Galbraith.

 

1.2- Alors, pourquoi et comment la mondialisation ?

Il est advenu, dit le Compendium, «  que les deux phénomènes, mondialisation économique et financière et progrès technique ont été réciproquement renforcés, rendant extrêmement rapide la dynamique globale de la phase économique actuelle ». : On peut ainsi sous traiter des tas de services par télétravail dans des pays étrangers, faire traiter sa comptabilité à l’autre bout de la planète en temps réel, et même faire des opérations chirurgicales à distance. Tout ceci, c’est le progrès technique. On ne l’arrêtera pas et il n’a pas à être arrêté. Ce n’est pas l’outil qu’il faut changer, c’est l’œil de l’ouvrier qui est derrière.

Cet œil, c’est celui qui veut réduire le monde à un vaste marché sans entraves nationales, sociales, culturelles, économiques et promouvoir un nouveau modèle d’homme consommateur dans un village mondial.

On commença à penser dans les années qui suivirent la seconde guerre mondiale que le commerce était préférable aux conflits. Ce furent les accords de Bretton Woods, la création de l’accord général sur le commerce et les tarifs (GATT), devenue Organisation mondiale du commerce (OMC), qui réorganisa le commerce international. Puis après le démembrement des empires coloniaux et la fin du bloc communiste, l’internationalisation des marchés devint effective.

Il ne restait plus qu’à les décloisonner pour que l’on puisse passer de l’un à l’autre. Phase connue sous le nom des 3 D : Décloisonner, Désintermédier, Dérèglementer.

Il fallait décloisonner les marchés des biens et services : Le libre échange fut organisé avec la baisse  des droits de douane, de 20 % en moyenne avant 1957 (Traité de Rome), à 15 % en 1967 (Kennedy Round) et autour de 5 %  depuis la négociation de Tokyo (1980).

Il fallait aussi décloisonner les marchés des capitaux et déréglementer le modèle de financement administré que nous avions depuis la seconde guerre mondiale.

Ce fut fait dans les années 1980. En France avec le libre blanc sur la réforme du financement de l’économie en 1985. On a alors promu une réforme qui rendait les capitaux financiers indispensables au financement des économies nationales. En termes plus techniques, on passa d’une économie d’endettement à une économie de marchés financiers [3].

Je vous en donne une définition qui nous sera utile plus loin :

 

- Une économie est dite d’endettement quand les familles, et surtout les entreprises et l’Etat se financent auprès des banques. Le système bancaire - banques commerciales et Banque centrale - crée de la monnaie à titre temporaire. L’Etat, propriétaire de la Banque centrale, peut se financer auprès d’elle, sans intérêt. C’est ainsi qu’il couvrit ses déficits. Ainsi, la dette de l’Etat était quasi inexistante jusqu’en 1980 car financée annuellement par l’inflation. Un exemple : avant 1967, la Banque de France avait l’obligation d’acheter directement des bons du Trésor;

Mais l’abus de création monétaire par les banques - commerciales et Centrale - générait de l’inflation. On parlait d’impôt d’inflation.

Ce type d’économie était profitable aux entrepreneurs qui ont souvent pu emprunter à des taux inférieurs à celui de l’inflation qui suivait. On dit que les taux réels sont inférieurs aux taux nominaux.

 

Dans les années 1978-80, on connut la “stagflation”, ou stagnation économique et inflation (14 %). On renia alors ce modèle et on passa à l’économie de marchés financiers.

 

- Une économie est dite de marchés financiers quand les entreprises, pour le moins les plus importantes, et l’Etat se financent essentiellement, sans médiation, sur les marchés financiers, par émissions de titres (obligations et actions) et appel à l’épargne, considérée comme préalablement constituée, sur les marchés financiers. On décloisonna et ouvrit les marchés financiers pour que l’épargne d’investisseurs étrangers puissent profiter aux entrepreneurs nationaux. L’épargne étrangère peut d’ailleurs provenir de crédits bancaires, l’essentiel est qu’ils ne soient pas émis par le réseau bancaire européen.

La dette de l’Etat est bien visible, elle coûte cher car elle est financée par des investisseurs privés. Un exemple : Le statut de la BDF de 1993, celui de la BCE et le traité de Maastricht interdisent à la Banque centrale d’acheter directement des bons du trésor et autres instruments de leur dette  aux Etats. Exactement l’inverse d’avant 1967 !

 

Pour résumer :

- En économie d’endettement, c’est l’emprunteur, l’entrepreneur, par définition jeune, qui est gagnant. L’inflation qui accompagne souvent ce modèle réduit le pouvoir d’achat des épargnants et le redistribue aux emprunteurs.Une économie d’endettement suppose une protection et un contrôle des changes car l’inflation enchérit les produits nationaux face aux produits étrangers.

 - En économie de marchés financiers, c’est au contraire l’actionnaire, ou le créancier, le rentier, par définition plus âgé, qui est gagnant. Il exige de la rentabilité, refuse une perte de son pouvoir d’achat, ou il retire ses fonds de l’entreprise.

Une économie de marchés financiers doit être ouverte, avec accès aux marché internationaux. Elle implique de mondialiser l’économie.

 

Ainsi, on arriva à la fin du contrôle des changes en 1990. De 1983 à 1990 en France, on avait fait de la « désinflation compétitive », euphémisme qui a permis à la France de décloisonner tous ses marchés financiers, mais qui exigea d’avoir 10 % de chômeurs dans sa population active, et engendra le surendettement de nombreuses familles surendettées et l’apparition des Sans domicile fixe (SDF).     

 

1.3- Alors quelles furent les conséquences de cette mondialisation ?

Il y en a plusieurs, d’abord l’interdépendance des nations avec la spécialisation économique des espaces et la perte d’autonomie des politiques nationales, puis la division  internationale du travail.

1er- La spécialisation économique des espaces, c’est aujourd’hui la Chine, atelier du monde, l’Inde réservoir d’ingénieurs. Il y a encore tout un marché de ruraux africains et asiatiques pour prendre la relève du prolétariat mondial des mégapoles financières. Certains ne s’y sont pas trompés. En conséquence, en France, on sacrifie des pans économiques et des branches professionnelles, agriculture, textile et on cherche à se spécialiser dans des secteurs à haute valeur ajoutée.

2e- La perte d’autonomie des politiques nationales résulte de la nécessité pour les entreprises et les Etats de faire appel aux marchés financiers internationaux pour vivre, se financer et investir. Ce qui implique d’attirer les créanciers étrangers. On fait alors du « moins disant fiscal », d’où la restriction des remboursements de sécurité sociale, la baisse des salaires, l’absence de financement public en matière de logements, d’infrastructures, d’hôpitaux, etc.  On fait aussi du « mieux disant monétaire » ou monétarisme, d’ou politique de restriction des moyens de paiement qui entraîne subrepticement les revenus de l’économie réelle à la baisse et l’activité à la stagnation.

3e- La division internationale du travail. Elle est en cours. Selon Robert Reich, ex ministre du travail de Bill Clinton, les salaires de certaines entreprises ou branches professionnelles y gagneront mais au détriment des salaires d’autres entreprises ou branches. La mondialisation entraîne, selon lui, 3  catégories de travailleurs : la main d’œuvre routinière dont les emplois se délocaliseront dans les régions où le coût du travail est moins coûteux ; puis les employés qui rendent des services aux personnes (hôpitaux, restaurants), dont les emplois resteront sur place mais subiront les effets indirects de la mondialisation, à savoir des pressions à la baisse des salaires; et enfin ce qu’il appelle les « manipulateurs de symboles », dirigeants de grandes entreprises, avocats, médecins, ingénieurs, chercheurs de haut niveau, indispensables au développement des entreprises qui seront les seuls bénéficiaires de la mondialisation. Nous allons vers une société où les écarts sociaux et salariaux vont exploser à l’intérieur et à l’extérieur des nations.

 

2.1- Instaurer un modèle d’économie créditrice.

Un autre système monétaire international doit être initié, une régulation des flux financiers internationaux doit être instauré et une autre théorie du commerce international doit être mise en place,

Mais avant de vous les présenter, il convient d’abord de répondre à la mondialisation en donnant à notre économie les moyens de son enracinement et de son autonomie. Cela suppose de stopper l’inflation des actifs financiers, boursiers et immobiliers, la déflation corrélative du pouvoir d’achat qui en résulte avec la baisse de la masse salariale, de la protection sociale, et enfin,  la soumission du politique et de la politique sociale aux marchés financiers et plus exactement aux manipulateurs qui sont derrière.

Il s’agirait de nous débarrasser de l’économie de marchés financiers sans pour autant revenir à une économie d’endettement ; mais de promouvoir une économie créditrice, qui crédite l’homme et ne l’assujettit pas à la dette, qui instaure un crédit social.

En économie créditrice, nous revenons à la théorie bancaire initiale, telle que l’entend Maurice Allais, selon laquelle les banques commerciales ne peuvent prêter que l’épargne de même terme qu’elles possèdent ou ont emprunté auprès de leurs collègues. La Banque centrale a alors, seule, le droit - dit régalien - d’émettre de la monnaie nouvelle.

 

Sans entrer dans les détails techniques de la création monétaire, disons qu’aujourd’hui les banques commerciales anticipent la rentrée de dépôts quand elles accordent des prêts. Elles font de la duplication monétaire : Vous tirez des chèques sur votre compte courant mais les billets qui y sont déposés sont prêtés à un autre client. Double pouvoir d’achat sur une même base monétaire.

En fait, la banque prête au public davantage de moyens de paiement qu’elle n’en détient en dépôts.

 

On arrêtera donc ce schéma, on arrêtera, comme le disait La Fontaine de « vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre » [4] en rendant. à la Banque centrale le pouvoir exclusif de créer de la monnaie.

Aussi les banques commerciales ne pourront plus accorder de prêts qu’à hauteur des épargnes de terme aussi longs qu’elles possèdent en dépôt, ou qu’elles emprunteront auprès de leurs collègues.

 

Conséquences :

1er- La Banque centrale, seule, émet de la monnaie en fonction des possibilités constatées de croissance de l’économie. Elle peut alors contrôler ses émissions.

2e- Comme les banques commerciales ne créent plus de monnaie ex nihilo, on  éteint le risque systémique, c’est-à-dire l’effet domino, des faillites en cascade, quand les échanges des créances et des engagements ne coïncident plus, quand le banquier ne peut plus assurer les retraits des dépôts à vue, ce qui peut entraîner.la défaillance d’autres institutions, banques, entreprises, Etats. C’est l’histoire des crises bancaires, des krachs de 1929, de 1987, des récentes crises financières en Argentine, en Russie,  en Malaisie, etc. Ce type de crise fait toujours rentrer le pays qui la subit en récession. Tous les revenus se contractent et ne retrouvent le niveau antérieur que longtemps après

3e- On sortira donc du modèle de l’économie d’endettement, mais aussi de celui de l’économie de marchés financiers, puisque la Banque centrale peut financer l’Etat et les autres acteurs économiques sans recourir à l’épargne des grands investisseurs institutionnels internationaux (multinationales, assurances, banques commerciales, fonds d’investissement.)

Nous n’avons plus besoin des marchés financiers internationaux. On retrouve notre liberté..

Comment sera alors distribuée cette monnaie sociale qui se substituera à la monnaie de crédit bancaire ex nihilo. Elle sera distribuée auprès des familles sous forme de dividendes familiaux - ou revenus additionnels accroissant le pouvoir d’achat de chacun indépendamment du salaire -, des entreprises par des compensations financières qui leur seront accordées en échange de mesures sociales (par exemple baisses des prix) ; et en financement d’investissements d’intérêt collectif ou d’accroissement patrimonial public.

 

Pour comprendre ce modèle de distribution, imaginons que la France soit une grande entreprise. Son activité économique est en croissance. Elle fait des bénéfices. On va donc distribuer ses bénéfices de trois façons :

1- entre ses actionnaires et ses salariés - qui sont aussi actionnaires - ( considérons que ses actionnaires sont des Français résidents) sous la forme de dividendes familiaux. Un dividende par personne, si un foyer familial est composé de 2 adultes et 2 enfants : 4 dividendes. Voilà pour soutenir la natalité.

2- auprès de ses clients, en baissant le prix des produits. On va le faire en demandant à certaines entreprises de baisser leurs prix par mesure d’intérêt général et on leur compensera cette baisse par une partie des bénéfices. Par exemple, on sait que dans les grandes villes, les baux commerciaux sont très chers. Moralité, on ne trouve plus que des commerces qui font beaucoup de valeur ajoutée (magasins de vétements pour jeunes  directement importés d’Asie, marchands de fleurs, de téléphonie), mais on cherchera en vain des charcutiers ou des bouchers). Sur cet exemple, on pourra soutenir l’installation de commerces essentiels de proxiumité en participant à leur bail.

3- On réinvestira enfin la dernière partie des bénéfices dans des investissemennts collectifs, par exemple en accroissant le parc immobilier, en créant des hôpitaux, dans la recherche et le développement, etc.

Dans ces deux derniers modes de distribution, tous les clients et tous les utilsateurs sont concernés, Français résidents, non résidents et immigrés inclus.

A noter qu’on pourra faire basculer les charges sociales  - à l’exception de celles de santé - sur ce mode de financement.

 

Conséquences de ce modèle de distribution :

1er- On améliore la cohésion sociale. Les dividendes, par définition, sont égaux. Ils augmenteront  beaucoup les revenus de ceux qui ont peu et un peu  ceux de ceux qui ont beaucoup. Ils assurent un revenu continu pour un emploi discontinu.

2e- On suscite et on entraîne la demande au service de tous, On oriente la croissance de l’activité économique comme on le veut et non comme ils (les financiers) le veulent.

3e- On peut mener une véritable politique de prix et d’investissement public pour le bien de tous.

 

Enfin, 3e aspect de ce modèle économique : ce volume de monnaie sera annulé périodiquement, collecté après consommation par les fournisseurs, comme cela se fait aujourd’hui avec la taxe sur la valeur ajoutée. Et un nouveau volume de monnaie sera réinjecté, en adéquation avec le nouveau volume de la production. Pourquoi ? Parce que ce volume de monnaie de crédit social est injecté pour soutenir l’activité économique et financer des investissements utiles, et n’a pas à sortir du circuit économique pour se placer en Bourse ou sur d’autres marchés financiers.  Il. n‘a pas non plus à être concentré après avoir provoqué  3 ou 4 échanges entre les mains d’un fournisseur plus chanceux, indispensable, à la mode ou avisé qu’un autre. (Par exemple Total, Cofidis, Microsoft). Il doit être circonscrit dans le temps et l’espace. Je signale toutefois que le fait que ce crédit soit circonscrit dans un espace et sur une période n’interdit pas pour autant aux autres capitaux de circuler. Mais cette circulation n’altérera pas les fondamentaux de l’économie.

 

Conséquences de ces mesures :

- L’activité économique nationale, sa croissance, qui génère son crédit, sont replacées au service de tous les citoyens, à commencer par les plus démunis.

- Les concentrations capitalistiques, les spéculations, deviennent marginales et ne sont plus mises en œuvre avec le crédit national.

Liberté et croissance : On libère l’économie de la finance, et le pays des créanciers étrangers qui veillent sur lui, et on développe l’activité comme on l’entend.

Fortifiés par notre capacité de mener une politique économique autonome, nous pouvons maintenant exiger une redéfinition d’un étalon monétaire international stable et fixe. 

 

2.2- Définir un étalon monétaire stable et fixe. L’eurostable.

Nous avons actuellement, et depuis 1976, un système international de changes flottants. Les monnaies flottent les une par rapport aux autres. Le dollar valait, ainsi 1,21 € le 25 octobre 2000 et 0,76 € le 1 octobre 2005. On ne peut commercer sainement dans ces conditions.

Le dollar est la devise principale utilisée pour les transactions internationales parce qu’il était garanti par un certain poids d’or, à raison de 35 dollars l’once, depuis 1933. Parité qui fut impossible à tenir longtemps parce que, d’une part, les Etats-Unis perdirent peu à peu leur or avec leurs déficits commerciaux cumulés, et d’autre part,  parce que les exigences de leur économie imposaient de multiplier le nombre des dollars. Nixon reconnut cela en 1971.

Depuis les monnaies flottent les unes par rapport aux autres. Aussi la spéculation sur les devises va bon train et les échanges ne peuvent être équitables. Comment pourraient-ils l’être quand le prix des produits est exprimé dans une devise dont le cours peut varier du simple au double en quelques années.

Alors il faut revenir à un système de changes fixes. Mais lequel ?

- Celui de l’étalon or ? Il a vécu. Ce système fait dépendre le volume de monnaie en circulation des réserves en or que le pays possède. Moins d’or, moins de monnaie. Moins de monnaie, moins de production. Moins de production, moins de revenus. Pour obtenir de l’or, il faut exporter. A ce jeu là, l’Inde et la Chine seraient les garants de  l’orthodoxie monétaire dans 20 ans. « Jamais », disait d’ailleurs Keynes, « on a trouvé mieux que l’étalon or pour dresser les nations les uns contre les autres.

De surcroît, on voit mal aujourd’hui, à l’heure des échanges de services internationaux instantanés par le net un système dans lequel on réglerait les factures internationales en or par train, bateau ou avion. Il faut donc un système dématérialisé.  

- Autre système, celui de Bretton Woods ?  C’est-à-dire un système qui prendrait une monnaie nationale, dollar ou euro, comme étalon. Ce système ne peut également fonctionner. En effet, la valeur de cette monnaie prise comme étalon  ne peut pas être stable, ni dans le temps ni dans l’espace. Pourquoi ? Parce qu’elle va dépendre de régulations internes (en effet, une inflation, même faible, à 2 %, excède quand même 20 % en 10 ans) et de contraintes externes (si le pays importe trop, sa monnaie part à l’extérieur. On lui en demande moins. Avec la loi de l’offre et de la demande, sa valeur baisse sur le marché des changes.) Un étalon monétaire fondé sur une monnaie nationale nominale n’est pas viable : sa valeur dérive dans le temps et l’espace. Il en sera de même d’un étalon construit autour d’un panier de monnaie comme le furent   les DTS (Droits de tirage spéciaux), et les ECU.

Il faut donc initier un nouveau système monétaire international autour d’un étalon stable qui ne puisse dériver. Une ancre monétaire.

Ce nouvel étalon pourrait être l’eurostable. Qu’est-ce que serait l’eurostable, ou encore euro constant.

Il s’agirait de la forme constante de l’euro nominal « dont la valeur pourrait être par exemple, celle de son jour d’origine choisi comme point de départ des indices des prix [5] ». Il serait donc égal aujourd’hui à l’euro nominal multiplié par l’indice des prix du jour.

 

Par exemple, prenons 100 pour base de l’indice de prix au 1er janvier 1999, date de la création de l’euro. Si nous avons aujourd’hui un indice des prix de 114,2 la valeur de l’eurostable sera de 1,142 euro nominal. L’euro nominal vaudra 0,875 eurostable, (100/114,2).

Si aujourd’hui, un dollar vaut 0,75 euro nominal, sa valeur en eurostables sera égal à sa valeur de conversion en euro nominal multipliée par la valeur de conversion de l’euro nominal en eurostable, soit dans mon exemple : 0,75 x 0,875 = 0,65625 eurostable.

 

D’un point de vue pratique, l’eurostable, comme l’or jadis, ne sera pas une monnaie qui circulera entre particuliers à l’intérieur ou à l’extérieur  de l’Union. Il ne circulera qu’entre Banques centrales. Il ne sera donc pas nécessaire d’émettre des billets ou des pièces en eurostables  Il pourrait s’agir d’un simple certificat émis par la Banque centrale européenne en contrepartie d’euros nominaux ou de devises. Ce serait une simple monnaie de réserve et d’étalon international.

Le nouveau système monétaire international pourrait d’ailleurs s’organiser autour de 2 ou 3 monnaies constantes, de référence internationale, avec par exemple le dollar stable, l’eurostable et le yenstable, notamment en raison des disparités économiques, mais également sociales et culturelles, entre les régions continentales.

 

Alors, quelles seront les conséquences de la mise en place de l’eurostable ?

1er - D’abord l’équité dans les échanges internationaux puisque les monnaies ne flotteront plus entre elles, ce qui engendre actuellement des rentes et des contre rentes de situation monétaire lors de chaque échange commercial.

2e- Ensuite, en revenant à un  véritable système de changes fixes, la spéculation qui se porte sur les devises n’existera plus puisque les devises seront fixes par rapport à l’eurostable. Comme l’instabilité des devises flottantes a contribué à générer l’explosion des flux financiers spéculatifs internationaux, ils disparaîtront en grande partie puisqu’ils n’auront plus de raison d’être. Inutile donc d’imposer une taxe Tobin. 

 

2.3- Une union monétaire de compensation.

L’eurostable, nous venons de le voir, est un véritable étalon qui garantit la valeur dans le temps et l’espace. Mais il est aussi une monnaie de réserve. Et comme monnaie de réserve, il peut initier un nouveau système monétaire international autour d’une Union monétaire de compensation internationale qui fondera un mutualisme financier international.

On sait qu’il y a dans le monde des pays dont les balances des paiements sont déficitaires et d’autres excédentaires. Le problème, c’est que ces déficits et ces excédents sont, dans certains pays, durables. Il conviendrait donc de mettre les excédents financiers des uns au service des économies des autres pays déficitaires ou en développement. Il s’agit donc de réinjecter les excédents financiers internationaux dans le circuit économique et de les utiliser pour accroître le PIB mondial de façon plus homogène. Comment ? Avec une chambre de compensation monétaire (l’union monétaire précédemment citée) et une monnaie de réserve (l’eurostable).

1er- On crée d’abord entre tous les pays, riches ou pauvres, qui ont adhéré une Union monétaire de compensation internationale autour d’une monnaie de réserve (donc de l’eurostable qui ne circule qu’entre banques centrales). Cette monnaie est créée par l’Union de compensation en contrepartie de la monnaie des Banques centrales adhérentes. L’Union de compensation centralisera et gérera les comptes de chaque banque centrale adhérente en eorostables. En revanche, chaque Banque centrale adhérente s’engage à fournir des devises à ses nationaux en les achetant contre des eurostables à d’autres Banques centrales. Il s’agit là d’un simple mouvement de compte. Les devises ne sont plus convertibles qu’en eurostables.

2e- A partir de là, les pays adhérents, ayant des excédents, s’engageront à les utiliser en achetant les biens et services, en investissant ou en fournissant une aide financière à  des autres pays déficitaires. A défaut, ces excédents seront confisqués par l’Union de compensation et répartis entre les pays déficitaires. Les pays déficitaires s’engagent évidemment à utiliser ces fonds à l’emploi pour lequel ils furent délivrés.

 

Conséquences : On interdit à un pays donné qui épargne trop de freiner la demande des autres pays, et on combat les concentrations de capitaux préjudiciables au développement humain des sociétés.

 

2.4- Ni protectionnisme, ni libre échangisme, la mutualité commerciale.

A partir de là, il nous reste à garantir la destination universelle des biens, protéger, certes, le commerce international, mais protéger également nos productions locales. Charité bien ordonnée commence par soi même.

D’abord, nous constatons que le libre échangisme actuel est mauvais, il dénature la pensée de son initiateur, David Ricardo. Pourquoi ? Parce que l’on échange entre des pays qui n’ont pas le même niveau de développement économique et social, Ensuite, parce que l’on achète des marchandises que l’on produit également, et qui n’ont pas d’avantages comparatifs permanents. Chez Ricardo, les Anglais achètent du vin portugais, et les Portugais du drap anglais. En fait, le libre échangisme mondialiste est un système de vases communicants. Il consiste à faire baisser le niveau de vie de certains pays, notamment européens, pour accroître, en principe, celui d’autres pays, peu avancés et en développement. Par exemple, si on délocalise au Bangladesh, on va faire monter le niveau de vie des Bengalis. En revanche, on va ruiner des branches professionnelles et laisser des milliers de travailleurs sans emploi en Europe.

Tout ceci me fait penser au mot d’Abraham Lincoln : « On ne peut pas aider les pauvres en ruinant les riches » [6].

D’un autre côté, le protectionnisme ne permet pas aux peuples de se développer. Et en protégeant trop les producteurs nationaux, il se conduit comme une mère qui ayant trop couvé ses enfants, leur a interdit d’affronter la vie et les autres…jusqu’au jour où ils ont appris que les enfants ne naissent pas dans les choux. Alors, stupeur des peuples quand armés de cailloux, ils s’aperçoivent que leurs adversaires ont des fusils.

Il faut donc transcender le libre-échangisme et le protectionnisme, qui sont sources de conflits, et leur opposer un système qui enrichit tout le monde. Ce système, c’est la mutualité commerciale.

De quoi s’agirait-il ? Il s’agirait de mutualiser les avantages retirés de l’échange entre deux pays  afin de ne pas léser la branche ou le secteur de production du pays exportateur (comme le fait le protectionnisme),  ni pénaliser celui du pays importateur (comme le fait le libre-échangisme),

Techniquement, il s’agirait d’appliquer une taxe sur les exportations (et non sur les importations), prélevée par la douane du pays exportateur. Cette taxe serait égale à la moitié de la rente de situation différentielle que possède la marchandise exportée par rapport à la même marchandise produite par le pays importateur. Le pays exportateur compenserait la branche professionnelle du pays importateur qui fait les frais de cette exportation. Ces échanges pourraient se faire dans le cadre d’une Alliance internationale de  mutualité commerciale qui viendra s’opposer aux principes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Prenons un exemple pour illustrer ce mécanisme. On suppose une importation de chemises marocaines. On note tout d’abord un différentiel de coût de production - en l’occurrence ici la différence du coût du travail horaire dans l’industrie de l’habillement -  soit en France un coût du travail  horaire de 15,25 euros et au Maroc de 1,54 euros, d’où un différentiel de 13,71 euros.

Imaginons maintenant que la société Fringu’Import basé à Paris veut importer 10 chemises fabriquées au Maroc pour 15.40 euros. Dans le cadre d’une Alliance internationale de  mutualité commerciale dont la France et le Maroc seraient membres, le Maroc taxera cette exportation à hauteur de la moitié de  sa rente différentielle (13,71/2), soit pour 6,855 euros x 10. L’importateur français Frngu’Import paiera donc pour 10 chemises  15,4 (prix hors taxe) + 68,55 de taxe) = 83,95 euros (la chemise sera vendue sur la base de 8,395 €). Le montant de cette taxe sera ensuite versé à la branche de production française pénalisée. Elle pourra ainsi baisser le prix de ses marchandises et en compenser la différence par la taxe percue.[7].

 

Le produit de cette taxe sur les exportations viendra financer les pertes à gagner des producteurs du pays importateur et permettre à ses branches de production d’améliorer sa compétitivité..

Des accords de mutualité commerciale devront donc être élaborés entre l’Union européenne et un certain nombre des pays traditionnellement en commerce avec elle afin de présenter une zone d’échanges internationaux de force à prospérer ensemble et à dénoncer les accords de l’Organisation mondiale du commerce. Nous pensons ici particulièrement aux pays méditerranéens et africains, aux pays francophones ainsi que d’une façon générale aux pays qui partagent nos valeurs européennes.

 

Conséquences :

- Les pays importateurs sont gagnants, il n’ont pas à sacrifier leurs branches de production, ni à délocaliser leurs usines.

- Les pays exportateurs sont également gagnants, ils peuvent vendre leurs marchandises aux pays plus riches, et ainsi progressivement s’enrichir eux-mêmes. Dans ces conditions, ils pourront faire vivre leurs nationaux.

La mutualité commerciale ré-enracine les populations. Elle stoppera les flux migratoires qui déstructurent l’humanité.  

 

3- Conclusion

On a supprimé le risque systémique des crises financières, On ne fait plus appel  aux marchés financiers internationaux. On retrouve notre liberté. On a amélioré la cohésion sociale, on oriente la croissance de l’activité librement, on méne une véritable politique d’investissement public au service de tous les citoyens, à commencer par les plus démunis. On a éliminé les possibilités de concentrations capitalistiques. On a libéré l’économie de la finance. On a rétabli l’équité dans les échanges internationaux, on a supprimé la  spéculation sur les devises, on a fait disparaître petit à petit les  flux financiers spéculatifs internationaux, On a supprimé les motifs des délocalisations. On aide et ré-enracine les populations des pays peu avancés et en développement. On stoppe ainsi les flux migratoires qui déstructurent l’humanité. On met l’épargne mondiale au service du développement  humain des sociétés.

Il reste au politique de mettre de la musique sur ces paroles. Merci.

 

Janpier Dutrieux

janpier.dutrieux@worldonline.fr

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Ouvrages et participations  de J. Dutrieux :

Les ouvriers de la onzième heure, Principes d’une réforme financière et institutionnelle (éditions des écrivains 1998)

et  participations à 

Aux sources de l’erreur libérale, Pour sortir de l’étatisme et du libéralisme (ouvrage collectif  sous la direction de Benjamin Guillemaind et Arnaud Guyot-Jeannin, Collection Vu Autrement, L’Age d’Homme  1999)

 Libéralisme-socialisme, deux frères ennemis face à la doctrine sociale de l’Eglise (Benjamin Guillemaind

Editions Pierre Téqui, 2002)

Un regard citoyen sur l’économie, Sortir de la pensée unique (André-Jacques Holbecq, Editions Yves Michel 2002)

La Subsidiarité, un grand dessein pour la France et l'Europe (sous la direction de Benjamin Guillemaind,  Editions de Paris 2005).

 

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[1] - Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, (Bayard, Cerf, Fleurus-Mame 2005).

[2] - Pourquoi il faut défendre mordicus l’usage du français. Claude Hagège, Le Monde du 1er mars 2006.

[3]  Modèles formalisés par John Richard Hicks, 1904-1989, prix Nobel d’économie 1972.

[4] - Jean de La Fontaine (1621-1675), L’ours et les deux compagnons.

[5] - Jacques Riboud « Un mécanisme monétaire avec l’euroconstant » (PUF diffusion, Centre Jouffroy pour la réflexion monétaire, Collection de la revue Politique parlementaire, 1996).

[6] - Abraham Lincoln, Déclaration au Congrès des Etats-Unis d’Amérique, 1860

[7]  - Cf.  Myriam Geay, " Proudhon et le commerce international ou comment internationaliser le progrès social ", Archives Proudhoniennes 1996.